3 mars 2024

Rapport final Darou Ndimb agroécologie et artisanat

FORMATION PROFESSIONNELLE ET SECURITE ALIMENTAIRE POUR LES FEMMES EN MILIEU RURAL

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« Réalisation d’un centre artisanal et agroforestier ainsi qu’une boulangerie traditionnelle pour les femmes de Darou Ndimb et des villages alentours »

Projet porté par l’ONG des Villageois de Ndem, en partenariat avec l’association Solidarité Ndem

France (SNF) et le groupement d’intérêt public Yvelines Coopération Internationale et Développement (YCID)

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Localisation : Village de Darou Ndimb dans la commune de Gawane (département de Bambey, région de Diourbel, Sénégal) ; à 12 km à l’Est de Ndem.

Date de démarrage : Juillet 2020 

Centre des métiers Darou Ndimb

Centre des métiers de darou Ndimb

Porteur de projet : Engagé depuis plus de trente ans dans des actions de développement rural endogène, l’ONG des villageois de Ndem regroupe aujourd’hui une quinzaine de villages, représentant 8 000 habitants environ. L’approche systémique et communautaire qu’elle développe, allant de la santé à l’artisanat, en passant par l’éducation, l’accès à l’eau, l’assainissement, l’épargne/crédit, la transformation alimentaire, l’environnement et l’agroécologie, permet progressivement d’infléchir les dynamiques d’exode rural dans ses zones d’action, autour du village de Ndem ainsi qu’à Mbacké Kadior et à Darou Dimbe. Après 30 ans d’efforts, Ndem est ainsi devenu un pôle de développement local pérenne, exemplaire et reconnu par les institutions gouvernementales sénégalaises qui veulent en faire un modèle de développement durable pour le reste du pays. 

Contexte du projet:

 Au Sénégal, l’agriculture occupe plus de 70% de la population active et l’agriculture familiale représente 95% des exploitations. Ces dernières souffrent cependant de l’épuisement des sols lié à l’encouragement par les politiques nationales de l’exportation via la monoculture et l’utilisation d’intrants chimiques, ainsi que de la divagation des animaux des éleveurs voisins ou en transhumance qui détruisent les cultures des agriculteurs. Ces difficultés sont aggravées par le changement climatique, par lequel la région de Diourbel est particulièrement impactée et qui se traduit notamment par une sécheresse persistante et une perte de biodiversité. 

Dans la commune de Darou Ndimb, particulièrement enclavée par l’absence de routes carrossables, l’agriculture pluviale constitue l’activité principale mais est progressivement délaissée face à ce contexte de crise. En parallèle, l’emploi non-agricole fait défaut, les alternatives d’insertion professionnelle sont extrêmement rares voire inexistantes. Les jeunes et surtout les hommes partent massivement vers les villes ou choisissent la voie de l’émigration dans l’espoir de trouver un emploi et de fuir ainsi la pauvreté et l’insécurité alimentaire. Les femmes restent le plus souvent avec leurs enfants au village dans une situation de grande précarité tout en essayant de développer des petits commerces pour assurer le minimum nécessaire. Avec la crise sanitaire et économique internationale provoquée par le coronavirus, la situation s’est empirée avec une flambée des prix des denrées alimentaires de base. A ce jour, ces populations délaissées à eux même sont dans une situation d’insécurité alimentaire préoccupante.  

Dans ce contexte, l’ONG des Villageois de Ndem, en partenariat avec Solidarité Ndem France souhaite redynamiser l’économie locale à travers la création d’un groupement d’intérêt économique (GIE) dans l’objectif de créer des opportunités professionnelles pour les femmes (artisanat, agroforesterie, boulangerie) et de les former par la même occasion à ces corps de métiers. 

rassemblement des femmes des villages à Darou Ndimb

Rappel sur le projet :

Objectif général : Lutter contre la pauvreté et viser l’autosuffisance alimentaire de la zone en créant des activités économiques génératrices de revenu de façon pérenne pour les femmes de huit villages dont Darou Dimb et 7 villages environnants

Situation à ce jour :

La mise en œuvre de ce projet multifacette a permis de créer une dynamique collective et de stimuler un engouement autour de ce centre. Tout d’abord les activités ont démarré par la formation sur des filiales d’artisanat à savoir la vannerie, la poterie, la savonnerie et la boulangerie. Plusieurs sessions de formations ont été effectuées sur ses différentes filiales, ayant permis aux femmes d’acquérir des compétences techniques et organisationnelles considérables. Elles ont été divisées en groupe et chaque groupe s’est spécialisé sur une activité artisanale. En parallèle, sur l’ensemble du périmètre a été cultivé du manioc dont la production fût assez satisfaisante. Les produits récoltés ont été distribués entre les familles qui en ont fait usage d’autoconsommation pour la plupart. Par la suite, ont débuté les activités maraîchères et agroforestières avec des objectifs de production et de formation. . 

La réalisation du projet a renforcé la dynamique des femmes ainsi que leur capacité à s’investir sur un modèle économique prometteur. À la suite des différentes formations sur l’artisanat, la construction et l’équipement du complexe artisanal et agroécologiques, a permis de développer un entreprenariat féminin pluridisciplinaires. En effet dans un endroit sécurisé comme ce centre, approvisionné en eau, une émulation collective a été lancée, un espoir économique manifeste sur les possibilités de créer de la valeur à partir des activités établies. Bien que le projet fût difficile et que sa viabilité reste un défi, les membres du GIE essentiellement composé de femmes, ont obtenu au cours du projet des revenus ponctuels et acquièrent des compétences techniques. De même, l’agro écologie a permis d’améliorer à petite échelle, la qualité nutritionnelle des habitants au-delà des revenus générés par les exploitants de différentes parcelles. 

Après 2 ans de mise en œuvre du projet, les activités agroécologiques (maraîchage/agroforesterie) prévalent à ce jour sur les activités artisanales (boulangerie, poterie, vannerie, savon). Ceci s’explique par la conjoncture économique sévissant depuis quelques années, pour des familles qui étaient déjà en état de précarité économique, où l’achat de « l’essentiel-survie », donc de denrées alimentaires, est prioritaire aux produits artisanaux. Donc le manque de débouchés commerciales au niveau local fût un frein sur l’évolution de l’artisanat. De même, il est plus facile de former une femme de tradition paysanne à l’agriculture bio, que sur la fabrication de produits d’artisanat dont la conception nécessite une bonne concentration et la qualité exige une rigueur dans le travail. La boulangerie, déjà en situation économique fragile, a été perturbée par l’augmentation considérable du prix de la farine. Et malgré la demande en pains des villageois, l’activité a dû être interrompue. De même, il est important de souligner qu’un manque de rigueur dans la gestion de cette boulangerie fût un problème majeur quant à la bonne marche de cette activité. 

A ce jour, les défis consistent globalement à :

  • Sécuriser l’accès à l’eau par la mise en place de forages ou l’aménagement de puits d’eau douce en pompes solaires 
  • Renforcer les formations sur l’artisanat afin de pouvoir proposer des produits de meilleures qualités sur le marché
  • Accompagner et former les femmes sur la gestion des différentes activités dans un objectif d’autonomisation malgré les contraintes de manque de personnes ressources alphabétisées. – Trouver des solutions techniques et financières pour d’avantage viabiliser la boulangerie. 

Force est de remarquer que les difficultés liées à la hausse générale des prix (autour de 30 % au Sénégal) contrastant avec des revenus statiques, mettent l’ensemble des populations indigentes dans une situation complexe. Malgré les difficultés liées au manque de débouchés commerciales, il est à noter que l’engagement des femmes est toujours resté très fort ; répondant toujours aux mobilisations, parcourant parfois jusqu’à 3 km, pour certains avec leur enfant au dos,  pour venir être formées ou participer à une activité. Cette force de mobilisation autour d’un espoir d’amélioration des conditions de vie est remarquable. De même, il y’a une grande solidarité ; quelque soient les difficultés rencontrées, la bonne humeur et l’ardeur dans le travail demeurent les principes de base. 

Les résultats obtenus par rapport aux objectifs spécifiques visés

  1. – Les femmes obtiennent des revenus leur permettant de subvenir aux besoins de leur famille à partir d’activités artisanales, agroforestières et boulangères.

Les femmes ont augmenté leurs revenus suite à la mise en place du centre artisanal/agroforestier, principalement grâce à la vente des produits maraîchers mais aussi d’une partie des produits d’artisanat. Elles ont pu aussi vendre du « sekho » ou « quinkeliba », feuilles thérapeutiques issus de buissons locaux, consommées en tisanes au petit déjeuner par les sénégalais, à la structure « Barkelou » de Ndem

  • – Les femmes ont acquis des savoir-faire, des compétences, pour pouvoir prendre plus en charge leurs avenirs. Certaines femmes sont devenues entrepreneurs car elles fabriquent à partir de leurs maisons des paniers de vannerie et vendent elles-mêmes au marché hebdomadaire. Dans chaque domaine d’activité,  même si la qualification professionnelle doit être encore travaillée, il y’a une bonne maîtrise des techniques par les différents groupes de femmes. 
  • – Les femmes ont renforcé leur autonomie en consommation et enrichi la qualité nutritionnelle de leur alimentation familiale quotidienne grâce aux produits maraîchers biologique cultivés et l’accès au pain produit par la boulangerie. 

Globalement, le projet a permis de créer une dynamique agro écologique et intéresser à cet effet les populations au maraîchage biologique ainsi qu’à l’arboriculture. Dans cette localité fortement marquée par la déforestation liée au déboisement massif (pour l’utilisation du bois pour la cuisson), l’insertion des activités environnementales promouvant le reboisement et le développement d’une biodiversité agroforestière est d’une importance capitale. Inconnu, voire inexistant dans la localité, cet élan de reboisement a été impulsé grâce au centre. Des centaines d’arbres ont été distribué suite aux sensibilisations et initiations effectué sur l’importance des arbres. Désormais beaucoup de concessions ont planté des arbres chez eux.   

La culture du manioc était également une expérience inédite pour les femmes et cela a inspiré bon nombre de villageois à s’intéresser plus aux avantages que représente cette plante à tubercule très nourrissante et cultivable sur les terres de Darou Dimb. 

  • – Les membres du GIE acquièrent l’expérience d’une organisation et d’une gestion collective de leurs activités dans le cadre nouveau et structuré d’un GIE.  

L’organisation du travail s’est construite progressivement et collectivement, avec l’accompagnement de l’ONG et des différents formateurs/trices. Dans le cadre social et relationnel, ces activités ont fortement renforcé les liens inter-villageois et favoriser une conscience collective pour un engagement citoyen. 

Bénéficiaires directs : 95 personnes constituant les membres GIE, impliquant 8 villages ( Darou Dimb,Dimb goum mag, Boungay Peul, Boungay wolof, Thiokème, Keur Manga, Ndione, Ndiarno)

Bénéficiaires indirects : un millier de personnes, soit la population de neuf villages de la commune de Gawane, potentiellement acheteurs et consommateurs des produits alimentaires bio ou de l’utilisation des produits ménagers artisanaux. Ce chiffre est amené à augmenter rapidement à mesure que les productions artisanales et agroforestières seront écoulées à une plus large échelle, notamment sur les marchés de Gawane puis de Bambey. 

Groupement d’Intérêt Economique (GIE)

Le GIE des villageois de Darou Dimb à été reconnu le 10 mars 2022 par le tribunal de Diourbel. Les statuts de cette entité juridique permettent la reconnaissance et la légalité des activités de l’organisation. Le GIE est enregistré au registre de commerce sous le numéro immatriculation de SN.DBL.2022.C.860.

À sa création, le GIE des Villageois de Darou Ndimb comptait 95 membres, à présent, les membres dépassent largement ce compte qui augmente de plus en plus.

Gie femmes de Darou Ndimb

Administration et gestion

A la suite des différentes formations réalisées par le projet , le GIE a assuré l’organisation des activités et la vente des produits avec l’appui des équipes du programme RésiSterre («Résilience à la terre» initié et supervisé par l’ONG des Villageois de Ndem et ses partenaires « SOL » et « ID ») et plus spécifiquement du projet « Biofermes Sénégal ». Ce projet regroupe l’encadrement et l’accompagnement des différents périmètres agro écologiques réalisés par l’ONG de Ndem dans un objectif de création d’emploi, de formation aux métiers verts et d’une marche en avant pour la souveraineté alimentaire du sahel. C’est dans cette perspective qu’un formateur a été délégué au niveau du centre de Darou Dimbeu pour impulser une dynamique agroécologique. 

 L’ONG soutient le GIE dans le cadre administratif et stratégique car la grande majorité des membres du GIE sont analphabètes, et n’ont pas les compétences requises pour la capitalisation des données et la gestion organisationnelle. Les activités menées au centre restent fragiles par rapport à l’objectif d’autonomisation du GIE. Donc, il faut encore un accompagnement de l’ONG AVN pour qu’elles se pérennisent et se stabilise économiquement.

Outil de gestion

Chaque atelier est doté des outils suivants afin de pouvoir capitaliser les informations liées aux différentes activités. L’ONG fait un suivi ponctuel des informations rapportées afin de s’assurer du bon déroulement des activités.

  • Cahier de présence : une liste de pointage est mise à disposition durant les formations (remise au formateur) et de la production artisanale / maraîchère pour faciliter l’organisation et la discipline du travail.
  • Comptabilité : un journal de caisse est mis en place ainsi qu’une liste dépense et de ventes pour enregistrer toutes les transactions financières et assurer une traçabilité des finances. Le brouillard de caisse leur permet de contrôler et de faire le suivi de l’argent.
  • Fiche de production : C’est pour noter les détails de la production, la quantité d’articles produits et la matière première utilisée. 
  • Inventaire: un cahier pour les inventaires est mis en place afin de permettre un contrôle des matières premières et des stocks pour mieux prévoir les activités. 

Descriptif du centre des métiers de Darou Ndimb

Le centre artisanal et agroécologique du GIE des villageois de Darou Ndimb est clôturé par un muret surplombé d’un grillage pour être à l’abri des animaux errants et offrant un bel espace de travail pour l’agro-écologie. Des arbres fruitiers, des fertilitaires et plantes médicinales y ont été reboisées. Presque au milieu, se trouve le bâtiment qui a été construit à usage multifonctionnel : du stockage des produits d’artisanat au stockage des produits maraichers. Le centre est équipé de deux grands préaux (abri en zinc contre la pluie et le soleil) servant aux femmes de pouvoir travailler à l’ombre et à l’air libre pour la majorité des activités. De même a été construit, un bloc de toilette, un magasin pour ranger les outils de travail, deux bassins de stockage d’eau et un grand four pour le pain.

 En ce qui concerne les équipements, le centre dispose des fournitures et matériaux nécessaires pour les activités dans les domaines suivants : Maraîchage, Arboriculture, Boulangerie, Poterie, Vannerie Les activités d’agro écologie : Le maraîchage 

Année 1:

En première année 2021, une grande partie du périmètre a été consacré à la culture de manioc et au reboisement du moringa, d’arbre fertilitaires et fruitiers. L’activité maraichère a démarré timidement pour expérimenter certaines variétés et former les femmes aux principes de l’agroécologie. Les pépinières se faisaient à Ndem et quelques planches ont été testées mais avec beaucoup de mal du fait du taux élevé de salinité de l’eau ainsi qu’un manque de connaissance et d’expérience des femmes dans le domaine du maraichage. De ce fait, par la suite, il a été envisagé d’intégrer le périmètre dans le cadre du projet « Biofermes Sénégal » afin de bénéficier de l’expérience et des compétences de ses équipes. En deuxième année, le champ a donc bénéficié de la supervision de l’équipe de Biofermes Sénégal (Projet mené par l’ONG AVN en partenariat avec SOL Alternatives).  C’est dans ce cadre que nous avons reçu une équipe d’étudiants stagiaires en agro-écologie, pendant l’hivernage 2022, pour accompagner les femmes du GIE dans le périmètre maraîcher (Serigne Fallou MBACKE, Mor MBAYE, Mame Fatou DJITTE, Mor Talla BEYE, Soukeyna NDAO) 4 personnes de niveau BTS et de niveau BT pour des expérimentations concernant les spéculations normalement cultivable dans la zone (laitue, aubergine douce, poivron, tomate, chou, piment). L’équipe de stagiaire a travaillé sur la fréquence des arrosages pour l’économie d’eau, les méthodes et techniques culturales à adopter pour un bon rendement et les préparations d’insecticides naturelles pour combattre les différents prédateurs. 

Chaque étudiant avait la charge d’une parcelle de 300 m2 qu’il devait exploiter tout au long du stage sous la supervision d’Amdy Moustapha DIENG (responsable technique de Biofermes Ndem). Ils devaient partager leurs expériences avec les femmes engagées dans le périmètre agricole sur les parcelles distribuées à chacun des 9 villages.

Ainsi plusieurs axes ont été travaillés : l’optimisation de l’utilisation de l’espace, la fréquence et le volume des arrosages, la production de plants de pépinière sur place, la sélection des spéculations les plus productives sur la zone, la fabrication des traitements phytosanitaires biologiques, l’amendement du sol ainsi que la fertilisation et le développement de bio fertilisants liquides. 

Les Résultats obtenus :

La production de plants de pépinière :

Les planches de poivron, d’aubergine douce et de tomate sont les seules espèces à avoir eu une très bonne levée et les plants (Pépinière maraîchère) ont survécu jusqu’au repiquage. Les planches de chou et du piment ont eu une bonne levée mais les plants n’ont pas survécu et deux hypothèses sont avancées pour l’explication de cet échec : l’acidité de l’eau de pluie pour le chou ou l’inadaptabilité du piment par rapport au sol de la zone ou encore la salinité de l’eau d’arrosage (à confirmer avec un changement de la source d’arrosage + une analyse du sol en laboratoire pour le piment et une nouvelle expérimentation hors hivernage pour le chou). 

La planche de laitue n’a pas eu de levée et l’hypothèse était que les graines de laitue sont très faibles pour pouvoir sortir de la terre et se durcissent très vite dans la zone. Cette hypothèse a été vérifiée en faisant un semis sur alvéole qui a eu une bonne levée. 

L’utilisation de l’espace et l’arrosage :

La question de l’optimisation de l’utilisation de l’espace a été qualifiée comme pertinente après une discussion sur le nombre important de femmes qui y travaillent. Pour un hectare de maraichage nous avons optimisé l’occupation selon le rendement et la capacité d’apprentissage par individu. 

Ainsi, on est passé à une expérimentation comparative de l’espace qu’occupe une planche et le nombre de plants qu’il est possible d’y repiquer par rapport à l’utilisation des poquets. L’expérimentation consistait à repiquer des plants de tomate et d’aubergine douce en même temps sur un espace de 60 m2 pour chaque spéculation. La moitié de cet espace est occupé par des planches et l’autre par des poquets. Ainsi sur 60 m2 de tomate ou d’aubergine douce on a 3 planches qui vont accueillir 18 pieds chacune et 81 poquets. 

Au final, on a vu que sur 30 m2 d’espace on peut avoir 81 pieds de tomate ou d’aubergine douce s’ils sont repiqués sur poquet et 54 pieds si le repiquage se fait sur planche. Donc on constate qu’on peut avoir 27 pieds de plus si on repique sur poquet plutôt que sur planche. On a aussi profité de cette expérience pour comparer les besoins en eau des mêmes plants sur une planche ou sur des poquets. En effet la quantité en eau qu’on utilise pour une planche (soit 18 plants) durant tout le cycle de production, à savoir 4 arrosoirs de 11 L durant la période végétative qu’on augmente à 6 arrosoirs pendant la floraison et la formation des fruits et qu’on diminue à 4 un peu avant les récoltes, est la même utilisée pour 3 lignes de poquet (soit 27 plants). 

Concernant le rendement, les résultats complets ne sont pas encore obtenus mais on n’observe aucune différence dans l’adaptabilité ou le développement des plants. L’arrosage durant la période sèche doit un peu évoluer par rapport à l’hivernage donc on devrait revenir à un arrosoir par mètre carré. Le problème de l’accès à l’eau et surtout de son coût est une question fondamentale dans l’analyse du rendement de l’activité. Il est à noter que malheureusement le Sénégal a récemment privatisé l’eau, permettant à des sociétés privées d’imposer des tarifs nationnaux (200 francs le m3)qui sont trop chères pour les maraichers. C’est pourquoi, il est important d’optimiser les pratiques d’économie d’eau, de paillage, de mariage des cultures ect… Dans le futur, l’obtention d’un point d’eau (forage) interne au périmètre, serait la seule façon de pérenniser de façon durable et garanti les activités maraîchères /agroforestières. Selon une étude géophysique récente, un point d’eau douce important se trouve sur le village de Darou Dimb. Il existe également des puits d’eau douce, dont si ils sont emménagés avec des pompes solaires peuvent favoriser le maraîchage biologique qui peut créer des milliers d’emplois dans la zone si les conditions de bases sont réunies. 

Toujours dans la recherche d’optimiser l’utilisation de l’espace au maximum, la technique de culture verticale a été essayée pour les cucurbitacées (melon, courgette et concombre) et le haricot avec des techniques de palissage pour réduire la distance entre les lignes de semis. Ce qui marche généralement pour le concombre, le haricot et la courgette mais pour le melon les résultats ne sont encore complets. 

Amendements et fertilisation : 

Pour l’amendement, le compost a été utilisé tout au long du travail à raison de 30 kg pour chaque planche de 5 m2 comme apport en matière organique pendant la confection et 2 transplantoirs pleins par poquet. 

Le compost a aussi servi pour les apports en fumure d’entretien qui se font à 15 jours, 30 jours, 60 jours et 80 jours après repiquage. Des recettes de biofertilisants liquides ont été aussi utilisées. 

Traitements phytosanitaires et biofertilisants liquides :

Les traitements préparés étaient à la fois d’usage préventif et curatif, notamment celui à base de feuilles de Neem (Margousier), qui est un insecticide extrêmement efficace contre la plupart des piqueurssuceurs (punaises, cochenilles, pucerons, mouches blanches) et des broyeurs (chenilles, criquets puants, scarabées…) est pulvérisé une fois tous les 10 jours et celui à base de cendre qui est à la fois un insectifuge (efficace contre les insectes et un fertilisant (apport potassique) très utile pour la formation et le grossissement des fruits qu’on pulvérise 3 fois par semaine.  

Pour les apports en NPK des besoins des plantes durant toute la période de production, des biofertilisants liquides ont été utilisés. 

 Le biofertilisant à base de Moringa Oleifeira qui est un type de biofertilisant uniquement foliaire qui accélère la croissance des cultures a été utilisé pour l’apport en azote. Il est utilisé 4 fois, la première pulvérisation qui se fait 10 jours après repiquage/germination des plantes, la 2iem 20 jours après repiquage (légumes feuilles) ou avant le début de la floraison (légumes fruits), la 3iem pulvérisation : 30 jours après repiquage (légumes feuilles) ou à l’apparition des fruits, la 4iem durant la phase de maturation des fruits. 

 Le biofertilisant à base de cendre qui est un insectifuge d’un apport potassique comme fertilisant était pulvérisé une fois par semaine avant la floraison et 3 fois par semaine après la floraison pour son utilité à la formation et au grossissement des fruits. 

Les Récoltes :

Les récoltes ont commencé depuis en octobre avec le gombo et le navet qui prennent 1 mois et quelques jours pour produire. Elles sont répertoriées dans le tableau suivant. 

SpéculationNavetgomboPoivronAubergine douceAubergine amere
Quantité en kg87647
Surface             en m2 5755203017
Situation des récoltesTerminéEn coursEn coursDébutdébut

En effet concernant l’organisation, les femmes sont réparties en 3 groupes par village. Les effectifs des groupes sont variables en fonction du nombre de femmes habitant dans chaque village. Chaque groupe travaille 2 jours dans la semaine : 

  • Le groupe 1 de chaque village travaille les lundis et mardis 
  • Le groupe 2 travaille les mercredis et jeudis 
  • Le groupe 3 travaille les samedis et dimanches 
  • Le vendredi, qui est un jour de repos pour le technicien, les groupes viennent à tour de rôle le soir pour l’arrosage.  

Avec cette organisation et le nombre de villages (8) qui participent au maraichage, le technicien travaille avec 8 groupes de femme par jour. Les horaires de travail pour les femmes vont de 8H-30 mn à 11H le matin (préparation du terrain et entretien des cultures) et de 17H à 18H-30mn le soir (repiquage et arrosage). L’élargissement des travaux après la période des pluies ont commencé début novembre avec le désherbage des parcelles pour chaque village. 

La Formation :

Au niveau du périmètre, la formation a continué notamment avec l’aménagement de l’espace en maraîchage et la délimitation des planches, des allées ainsi que la confection des planches et poquets. Les techniques de semis ont aussi été introduites avec le semis sur sillon, sur poquet et à la volée avec la menthe. Des séances de mise en place et de conduite d’une pépinière ont été initiées partant du semis au repiquage en passant par les travaux d’entretien de binage hebdomadaire. Les traitements préventifs contre les insectes et les traitements d’activation de croissance pour une pépinière ont été mis en place ainsi que la protection du périmètre par des moustiquaires pour prévenir contre les rats palmistes et les écureuils. 

Les techniques de récolte et de conservation des légumes ont aussi été développées notamment avec la tomate qui se cueille avant mûrissement pour éviter que la couleur rouge des fruits n’attire les oiseaux mais aussi pour une durée de conservation beaucoup plus importante et ainsi aider à une meilleure planification des ventes en fonction des disponibilités sur le marché (la petite tomate étant utilisée dans quasiment tous les plats sénégalais). 

Nous avons également pu avancer sur les techniques de paillage et leurs rôles. Cette technique offre une meilleure conservation de l’humidité aux pieds des plants et de l’humus en accélérant la décomposition progressive de la paille, pour aider au maintien de la structure du sol…  

Les difficultés et contraintes :

La seule et la plus préjudiciable des contraintes en agriculture, surtout bio, est la qualité de l’eau. En effet, la source d’eau au niveau du maraichage est un peu salée pour une production maraichère sur le le moyen terme. En effet, après arrosage on peut constater clairement des dépôts de sel en petite quantité sur la surface. Pendant l’hivernage et les premiers mois du début de la campagne agricole maraichère, certaines cultures n’avaient pas de problème car il y’avait la présence de l’eau de pluie qui diluait l’eau d’arrosage et lessivait les sols donc le sel n’était stocké que dans la partie superficielle du sol ou était drainé ; mais on voyait déjà des prémices avec les cucurbitacées comme le concombre, le melon, la pastèque qui ne sont pas tolérants à la salinité. 

Plus on entre dans les mois chauds de l’année, plus une certaine quantité de sel s’accumule au niveau du sol et plus la concentration de l’eau est forte et moins les plantes ont la possibilité de s’alimenter en eau et en nutriments, c’est ce qui a amené une baisse au niveau des rendements pour les plants déjà implantés et une quasi-impossibilité à mettre en place certaines nouvelles cultures aussi bien en pépinière qu’en semis direct. C’est pourquoi on a décidé d’arrêter les pépinières et les nouveaux semis et de continuer la formation avec les cultures qui sont déjà en place et qui résistent encore. En continuant à utiliser cette source d’eau, on risque à long terme de saliniser le sol, malgré nos efforts, comme l’introduction de sacs de coques d’arachides dans les bassins d’eau pour retenir le sel. 

Fiche de récolte

Village Quantités produites par planche  
 navetAubergine ameregombotomateConcom breAuber gine doucePoivronmelonpiment
Boung oye wolof 2 46,7       
Thioke m   0,3  35,1   
Omar  Diouf   6,7      
Boung oy  Pheul 5,55 11,6      
Ndimb  Takh   6,7  18,3   
Keur  Manga 3,34 6,2  39,65   
Ndione   15,8  17,05   
Ndiarn o   1,1  0,8   
Total1194,1110,9 

L’exploitation du manioc et des arbres fruitiers:

Le manioc est un tubercule qui demande très peu d’entretien et d’arrosage (surtout s’il est planté au début de la période d’hivernage, en juillet-août) et qui s’adapte bien au climat sec et chaud du Sahel. De plus, le manioc répond à une demande déjà existante sur les marchés locaux, ce qui garantit des débouchés faciles pour les productions. Par conséquent, le manioc offre un ratio temps investissement/bénéfices escomptés particulièrement intéressant. 

Pour la première année, nous avons eu une bonne récolte sur le champ de manioc, le GIE a décidé de redistribuer les récoltes aux bénéficiaires afin qu’ils puissent le consommer ou le revendre à leur guise pour les motiver sur le périmètre et les récompenser de leurs efforts quotidiens (certaines femmes marchent plusieurs kilomètres). La bonne récolte s’explique grâce à un bon de pluviométrie durant l’hivernage. Malheureusement, la deuxième année n’a pas été très réussie d’une part, l’exploitation du manioc a été réduite à une parcelle moins importante pour laisser place au maraichage en vue, d’autre part nous n’avons pas eu beaucoup de pluie à cause des dérèglements climatiques forts présents au Sénégal. Les arbres fruitiers et le moringa ont bien poussé même s’il y a eu pas mal de pertes dues à la difficulté climatique de la zone et à l’eau d’arrosage qui a un taux de salinité assez important. Ce qui a eu pour conséquences de ralentir la croissance des arbres et de fausser nos planifications de récoltes.

Sur ce, l’année 2022 fut une année très productive en termes de spéculations afin de mieux définir les possibilités qui peuvent s’offrir à l’exploitation dans le domaine du maraichage. Plusieurs variétés ont été testées dans le cadre de la collaboration avec l’équipe agroécologique de Ndem. Le champ bénéficie à l’ensemble des membres du GIE de Darou Ndimb qui participent à sa plantation et à son entretien (désherbage pendant l’hivernage notamment). Cela permet de renforcer l’esprit de groupe et constitue une source de revenus ou de biens légumes que se partagent tous les membres du GIE. Les récoltes sont d’une part redistribuées aux bénéficiaires selon la production de leurs champs sinon revendues selon les besoins du marché.

  Année 1 : 2021 
désignationSurfaceQuantité produitePrix estimatif en FCFANote
Fruit du Manioc5000m2660kg792.000Distribué aux membres du GIE pour être consommés localement
Bouture 0.5 hectares30.000Gardés pour le repiquage
Moringa réussi 200Non définiRécolte dans 2 ans
Agrumes 43Non définiRécolte dans 3 ans
Autres 61Non définiNon défini
  Année 2 : 2022 
Fruit du Manioc 45kg54.000La quantité est estimatif car pas encore récolté. Se vend par kg
Bouture 0.2 hectare10.000Gardé pour le repiquage
Moringa réussi 112Non définiPas encore récolté et retard sur la croissance
Agrumes 36Non définiRécolte dans 3ans
Autres 41Non définiNon défini
Arbres reboisés 200Non définiNon défini

Moringa et arbres fruitiers :

La plantation et l’entretien des haies de moringa et des arbres fruitiers a fait l’objet d’un atelier de formation à part entière. Le moringa a été choisi pour de multiples raisons. Tous les composants de cet arbre présentent des vertus thérapeutiques et nutritionnelles. Les feuilles peuvent être séchées puis transformées en poudre, servant de complément alimentaire. Les feuilles fraîches peuvent également être broyées et transformées en jus. Le moringa, consommé ainsi, est anti-inflammatoire, antioxydant, riche en protéines, en vitamines C, B1 et A, en fer, en calcium, en magnésium et potassium. Enfin, les graines peuvent être pressées en une huile à usage cosmétique et alimentaire. Taillée en haie, le moringa fera donc à la fois office d’arbre coupe-vent, d’arbre fertilitaire, renforcera en autoconsommation la qualité nutritionnelle de l’alimentation quotidienne – agrémentant les couscous de mil – et constituera enfin une source de revenu complémentaire conséquente pour les membres du GIE. Tout comme les arbres fruitiers (agrumes, manguiers, anacardiers), elle demande davantage d’entretien que le manioc. C’est pourquoi une formation de deux jours sera assurée à propos de l’arrosage, de la taille des plants et de la conservation des semences pour le moringa et les arbres fruitiers.  

Les ateliers d’artisanat  

Boulangerie:

La formation et les activités de la boulangerie ont débuté le 16 Avril 2021. 

La formation s’est déroulée de manière continue sur une durée de 40 jours. Trois boulangers (par rotation) ont été formés et organisés de manière à ce que le travail ne s’arrête pas, que le pain soit toujours livré. Le pain était vendu à Darou Ndimb et ses villages périphériques. Nous avons obtenu au départ de bons résultats encourageant à continuer, les populations enchantées d’avoir accès au pain.   Dès la première année, la boulangerie a livré le pain à une dizaine de villages et a mise en place 6 points de ventes, créant de l’emploi pour les femmes revendeuses, percevant un pourcentage sur leurs ventes. Les boulangers travaillaient la nuit et livraient, à l’aurore, grâce à la charrette tirée par un cheval fournis par le projet sur un rayon de 3 km. Chaque matin, le pain non vendu était remis à un prix plus bas et la production de pains était rééquilibrée le lendemain en fonction de ces données.  

Depuis la fin des formations, la boulangerie arrivait à gérer ses recettes, en sortant toutes ses charges, malgré les difficultés d’enclavement pour l’achat des intrants et du bois. La production avait atteint son seuil de rentabilité à raison de 50kg par jour. Ce rythme n’a pas tenu toute l’année, du fait des difficultés de production et de livraison durant l’hivernage (3 mois de pluies) ; la boulangerie a fermé pendant 2 mois le temps que les pluies s’arrêtent. 

Une fois l’activité reprise, il y a eu des problèmes au niveau économique et des ressources humaines ‘boulangers et gestionnaire), qui ont conduits à un nouvel arrêt, en attente d’une réorganisation, en adéquation avec la hausse des matières premières. 

Les populations alentours ont amèrement regretté l’arrêt de la boulangerie, seule fournisseur de pains dans la zone, et du pain de qualité, ne séchant pas rapidement comme le pain industriel largement commercialisé au Sénégal.

Des perspectives de partenariat avec la RSE des Grands Moulins de Dakar, seul importateur de farines de blé au Sénégal sont à l’ordre du jour. Parallèlement, un programme commun luttant contre la malnutrition des enfants est en cours et l’ONG de Ndem grâce à ses différentes constructions de fours traditionnels, a collaboré avec les Grands Moulins de Dakar sur un modèle de four très économique en énergie. Ce four pourrait même, dans le futur, fonctionner avec l’éco-combustible « Yaakaar » fabriqué à Ndem à base de coques d’arachides, en substitut du bois, évitant ainsi de participer à la déforestation sahélienne. L’objectif serait également d’introduire des farines locales (maïs ou surtout mil) dans le pain, enrichissant la qualité nutritionnelle du produit.

Si ce partenariat prend forme en 2023, l’objectif sera de redémarrer l’activité boulangère de DarouNdimb, avec la construction d’un nouveau four, économisant davantage les coûts d’énergie, permettant de reprendre l’activité.

Une ressource humaine sûre, soit un formateur en agro-écologie sur le périmètre, s’est engagée depuis 2021 à vivre à Darou Ndimb, donnant ainsi à l’ONG la garantie d’une bonne et transparente gestion des futures différentes activités. Au vu de l’analphabétisme quasi général des femmes et à la nécessité d’une minutieuse comptabilité d’activités où chaque franc quotidien compte intrinsèquement dans la balance des comptes, ceci représente un atout de taille  pour le projet. 

Pain de la boulangerie

La Poterie :

En poterie, 16 femmes ont été formées la première année, aidées par une femme venue d’un village spécialisé dans la poterie à la sortie de Bambey, le long de la route nationale. Les membres de l’ONG de Ndem ont dû physiquement aidé les femmes pour l’extraction de l’argile séchée dans les marigots avoisinants, la transportant sur une charrette. Les femmes se sont familiarisées progressivement avec les techniques de la terre pour fabriquer les deux objets les plus recherchés dans la zone, car quotidiennement utilisés en campagne, qui sont l’encensoir et le canari pour stocker l’eau fraîche, la protégeant de la chaleur ambiante.

La deuxième année, les formations n’ont pas pu continuer puisque les budgets prévus étaient épuisés, moyennant une insuffisance de compétences quant à la poterie, pour des femmes nouvellement initiées, le savoir-faire du travail de la terre étant un long procédé pour réellement maîtriser les formes et surtout l’étanchéité des récipients. La cuisson demande également un savant savoir-faire et beaucoup de bois, donc une charge financière à rentabiliser. D’autre part la pénibilité de la tâche d’extraction de l’argile, à la pioche et à la pelle, a quelque peu freiné l’enthousiasme des femmes. En effet, ni mari, ni fils, ni neveu, la plupart du temps contraints à l’exode rural, n’étaient pas là pour les y aider ; et les membres de l’Ong de Ndem l’ayant fait bénévolement la première année, avaient d’autres préoccupations ou engagements la seconde année. Néanmoins, le point fort est que la transmission du savoir-faire s’est faite, même si elle reste incomplète, et l’Ong de Ndem aussi bien que les femmes gardent confiance, qu’en son temps, l’activité pourra reprendre, le marché local restant ouvert au vu de l’utilisation traditionnelle massive de ces 2 ustensiles ménagers, comme production de base. Actrices de ces difficultés, les femmes ont bien compris la situation et ont donné priorité au périmètre agro-écologique, leur apportant légumes, manioc, moringa.

artisanat vannerie Darou Ndimb

Vannerie :

Les formations en vannerie ont eu lieu comme prévu avec la paille et les fils en plastique achetés à Ngay-Mekhé à cet effet,  la grande case du centre servant d’espace d’accueil. Les femmes, enthousiasmées, ont marché de loin pour y assister. Certaines femmes ayant déjà bénéficié d’un apprentissage en vannerie de la part de l’ONG de Ndem quelques années auparavant, la formation fut plus facile pour elles. 

Mais, malgré leur assiduité à l’apprentissage des techniques de la vannerie, les femmes manquaient de maîtrise et avaient du mal à faire de belles finitions et à fabriquer des paniers ou corbeilles de qualité. Toutes les novices ont été formées par la chef d’atelier de la vannerie à Ndem, très expérimentée en vannerie. Néanmoins, au vu des insuffisances de qualité de produits permettant une réelle commercialisation,  en 2022, l’Ong de Ndem a réengagée la formatrice afin de faire un renforcement de capacités de 16 femmes, à fonds propres, sur une durée de 4 mois supplémentaires. Les résultats obtenus étaient plus satisfaisants, quelques élèves arrivaient à faire des produits de qualité, vendables sur le marché. Les autres produits, accusant des défauts de fabrication ont été vendus, à très bas prix, en interne dans le GIE.                 

FormationJoursAnnéeEffectifs  
Formation 127 joursAnnée 136  
Formation 236 joursAnnée 216  

Concernant la commercialisation, il était difficile de s’organiser pour l’achat des matières premières d’autant que les ventes n’ont pas été rapides ou soldées pour la plupart, handicapant ainsi un réapprovisionnement constant de matières premières et provoquant des ruptures de stocks. Il est à noter que, comme dans beaucoup de produits faits à la main, le temps de production est élevé et les bénéfices sont très faibles, mais néanmoins importants pour ces femmes en situation d’indigence. A nouveau, la gestion constante et rigoureuse, délicate au vu des balbutiements de cette nouvelle activité, a été périlleuse. Ces difficultés ont dépeint sur l’atelier et ont entraîné sa mise en pause ponctuelle ; le temps pour l’Ong de Ndem de trouver de meilleurs moyens d’améliorer toute la chaîne de production, c’està-dire un nouveau, en collaboration avec les artisanes, des moyens pour renforcer à nouveau leurs capacités et d’assurer la gestion/comptabilité/approvisionnement au quotidien par l’accompagnement d’une ressource humaine compétente.

artisanat poterie Darou Ndim

Savonnerie

La première année, une vingtaine de femmes ont été formées à la fabrication du savon par « Barkelou Ndem » (entreprise sociale et solidaire basée au centre des métiers de Ndem ayant pour vocation la transformation alimentaire et cosmétique BIO). Elles ont bien assimilé les techniques de production du savon et de l’eau de javel. « Barkelou Ndem » a proposé également de les aider à mettre en place la commercialisation des savons, dans un circuit de vente interne au GIE des femmes de Darou Ndimb.  Malgré l’engouement des femmes et la qualité correcte des savons, le travail engagé par « Barkelou Ndem » n’a pas encore porté ses fruits du fait de plusieurs  difficultés. Car, au même titre que tous les produits de base, le prix de l’huile d’arachide, élément fondamental à la fabrication d’un savon ainsi que les autres constituants, a a subi une très forte hausse, juste au moment du lancement de l’activité, condamnant la rentabilité de la fabrication du savon.

A l’origine du projet, il avait été convenu, de lancer la commercialisation pour satisfaire les besoins des membres du GIE, toutes acheteuses de savons et eau de javel, pour leurs besoins ménagers et de toilette, en mettant à disposition les produits pour n’être remboursés qu’à chaque fin de mois dans une caisse commune pour gérer les achats internes à la production. Il est même inscrit dans les règles du GIE l’obligation pour ses membres d’acheter le savon et l’eau de javel produit par celui-ci. Mais, à ce jour, les membres du GIE sont contraints d’acheter les savons provenant des grandes industries, malgré l’augmentation de leurs prix, laissant leur activité de côté.  

L’Ong de Ndem, espère pouvoir relancer l’activité, mais aussi créer des savons « haute gamme » de qualité, utilisant les huiles bio de « Barkelou Ndem » (huile de moringa et huile de baobab), pour être commercialisés dans des marchés de niche, à travers les boutiques nationales « Maam Samba ». Ceci est encore à l’étape de projet, mais pourrait être une porte de secours afin de pérenniser les acquis déjà avancés du projet. 

FormationJoursAnnéeeffectifs  
Formation 11 moisAnnée 120  
Formation 20Année 200  
Savon Barkelou Ndem

Les activités annexes :

Récolte de quinkéliba et de bissap

Suite aux difficultés liées à l’artisanat dans la zone de Darou Ndimb, avec l’aide « Barkelou Ndem », en 2022, les femmes se sont lancées dans la récolte de « sékhéo » (quinkéliba) et de «bissap» (ibiscus). Le sékhéo est un arbuste qui pousse naturellement dans la localité dont les feuilles sont utilisées pour faire du thé souvent consommé par nombre de sénégalais. Le bissap se cultive durant l’hivernage et pousse très bien dans la zone. Il est utilisé pour faire des infusions et des jus très prisés, au Sénégal, tout particulièrement durant le Ramadan, mais aussi à l’exportation.  Ainsi, nous avons engagé le Gie dans la récolte et le traitement de ces produits (nettoyage et empaquetage) afin de les soutenir économiquement. Ce fut une belle réussite due à la dynamique de l’unité du GIE des femmes de Darou Ndimb, et du local du centre,  mis à disposition à cet effet, qui a quelque peu « compensé le manque à gagner » des activités artisanales, ne brisant pas les attentes économiques des femmes. 

Il est très probable, à l’avenir, que « Barkelou Ndem » leur achète également des dattes du désert ou « soump », qui poussent à profusion sur les branches des seuls arbres épineux du désert sahélien, et qu’il est facile de ramasser dans la brousse. En effet, « Barkelou Ndem » commercialisent l’amande de « soump », cachée dans son noyau, pour l’utiliser dans des produits cosmétiques.

En résumé, au vu de la conjoncture internationale actuelle, les activités artisanales sont en pause, en espérant que très prochainement les conditions pourraient devenir plus favorables. Néanmoins, l’Ong de Ndem cherche très activement des solutions alternatives, ou d’autres ouvertures commerciales (tel Barkelou Ndem), qui pourraient animer et renforcer le dynamisme et la cohésion du GIE de Darou Ndimb. 

Les caisses de micro-crédit

Des caisses de micro-finance endogènes ont été mises en place pour chaque groupe de travail. Chaque caisse est constituée d’une partie épargne sur laquelle les femmes déposent une somme qu’elles ont fixé elles-mêmes, en fonction de ce qu’elles peuvent épargner chaque semaine, et une partie pour le pourcentage solidaire qui est fixe. 

La caisse d’épargne permet aux femmes d’obtenir des micro-crédits dès la huitième séance d’épargne avec des taux de remboursement qu’elles fixent, elles-mêmes, au début de l’activité et qui va leur revenir comme bénéfice. Il y a un taux d’investissement de 30% exigé à être investis dans une activité rentable à court terme pour inciter les femmes à créer des activités commerciales engendrant des revenus pour elles-mêmes, tout en remboursant leurs dettes. Le rôle de la caisse de solidarité est de créer de l’entre-aide entre elles, leur donnant accès à du petit commerce (aliments, habits, vaisselle, petit  élevage) et de soutenir celles qui sont en situation des plus difficiles.  

Conclusion :

La vannerie, la boulangerie traditionnelle, la poterie et la savonnerie ont du mal à tenir, en particulier du fait des difficultés économiques des deux dernières années. Les prix des matières premières ont flambé au point de pénaliser les activités artisanales du pays. Nous pouvons noter un acquis important sur les savoir-faire, et espérer pouvoir redémarrer ces activités, corrigeant les différentes insuffisances observées, dès que possible, pour offrir à ces femmes courageuses des ressources économiques.

En 2022, le GIE s’est concentré, avec beaucoup d’efforts, sur la production agro-écologique et agroalimentaire. Ce centre est le seul de toute la zone du département de Gawane à expérimenter la culture maraîchère et l’agroforesterie, tout autant que l’artisanat. C’est donc une fierté mais aussi un défi à relever pour les populations locales. Mr le Maire de Gawane et son équipe sont venus à plusieurs reprises sur le site pour faire part de leurs encouragements.

Le centre du GIE des villageois de Darou Ndimb compte beaucoup sur l’agroécologie qui offre de l’espoir et crée un dynamisme relationnel important tout autour du champ. Les expériences de deux années de labeur se sont confrontées au taux de salinité et au prix de l’eau trop élevé. L’Ong de Ndem a espoir de régler ces questions essentielles par la réalisation de son propre forage, équipé du solaire, qui  serait la garantie d’accès à l’eau et à un  prix social permettant la rentabilité du maraîchage et des activités agro-forestières, ainsi que, dans le futur, l’élargissement des activités agricoles de contre saison. Les activités annexes comme la micro-finance et le traitement des produits alimentaires sont des perspectives intéressantes qui paraissent adaptées à la situation actuelle.

Au final, grâce à l’implication de partenaires extérieurs bienveillants et à l’engagement constant de l’Ong de Ndem, ce projet constitue un apport très important pour les populations locales, avec un impact social, économique et écologique évident et croissant. Il éveille les consciences sur la possibilité de mener des activités autres que les cultures hivernales de la zone, y freinant ainsi la pauvreté et l’exode rural, incarnant un nouveau souffle d’espoir pour les populations locales, et tout particulièrement les femmes.

Les difficultés ne manquent pas, mais sont quelque part incontournables dans une zone aussi démunie et enclavée. Néanmoins, avec la persévérance, la recherche d’alternatives, et l’apport de partenaires engagés, les solutions émergent et donnent bon espoir quant à la pérennité du projet.

Les profonds remerciements des femmes du GIE ainsi que ceux de l’Ong de Ndem et les divers formateurs/trices sont transmis aux partenaires engagés dans cette noble initiative.

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